English version

J’ai longtemps hésité avant de publier ce court texte. Est-il à sa place ici? Sur Facebook? Ailleurs? Nulle part? Je n’ai toujours pas la réponse, mais je sens que je ces mots doivent sortir, et ce blog est un endroit où ils peuvent le faire sans que la forme ne pose problème; le texte sera disponible pour être cité, sans être raccourci ou démembré pour servir des visées politiciennes. Vous pouvez le partager tant que voulez, mais, si c’est le cas, partagez l’intégralité du texte, s’il vous plaît. Le texte a été écrit en anglais par moi et comporte donc certainement des fautes, puis traduit en français.
Aujourd’hui est un jour où je me sens à la fois triste et honteux. Triste pour mon pays, qui a perdu tant et tant; et honteux de mon pays, des réactions des gens «normaux», sur mon fil Facebook, sur Twitter, et des réactions des politiciens. Comment imaginer que quelqu’un utilise presque immédiatement ces évènements pour demander la démission du gouvernement, ou considérer qu’ils sont la preuve qu’il aurait fallu fermer les frontières? Je ne suis d’ailleurs pas tout à fait heureux des mesures adoptées. Je vous livre donc ici mes pensées, le discours que j’aurais voulu entendre. Pas d’arrières-pensées, pas de visée politicienne;juste quelques mots d’espoir et de gentillesse.

Françaises, Français, nous sommes aujourd’hui réunis, soudés par un sentiment commun. La peur, bien sûr. La tristesse. Et la colère. Je n’ai pas besoin de vous dire ce qui s’est passé; vous en savez autant que moi. Mais je veux vous dire ceci : ceux qui ont commis ces actes n’étaient pas religieux; ils n’étaient pas musulmans, syriens, français ou que sais-je. Ils n’étaient pas des soldats, ni des martyrs. Ils sont des criminels. Ce n’est pas un acte de guerre; la guerre, c’est lorsqu’une armée, un État, s’en prend à une autre armée, un autre État. Cet acte, c’est un crime, auquel nous répondrons comme on doit répondre à un crime : par la justice.
Ils veulent nous terroriser, ils veulent nous épouvanter. Mais nous sommes le pays des libertés, de la Liberté, des droits de l’homme. Nous sommes le pays qui signifie Liberté, Égalité, Fraternité. Aucun individu, aucune organisation paramilitaire ne nous fera tomber. Nous sommes un État, et nous avons des droits, nous avons des devoirs. Entre autres devoirs, nous avons le devoir de faire justice, justice pour chacun et pour tous, pour les victimes comme pour les criminels. Nous ne tirerons pas sur les terroristes dans les rues, parce que nous ne sommes pas des terroristes, nous ne sommes pas des meurtriers. Nous amènerons les terroristes devant la justice, nous leur assurerons des procès équitables, car c’est ainsi que la justice fonctionne.
Et nous ne fermerons pas nos frontières, ni ne tournerons un oeil effrayé en direction de nos voisins; nous ne repousserons pas ceux qui, fuyant la terreur, veulent nous rejoindre. Nous sommes unités, nous sommes des frères. Ce qui signifie que nous devons accueillir tous ceux qui demandent notre aide, chacun d’eux. Bien sûr cela comporte des risques. La vie est ainsi faite. Devons-nous prendre ce risque, sachant que des dizaines de vies peuvent être fauchées si rapidement?
Je crois fermement que oui. Rejeter les appels au secours de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, pour sauver peut-être quelques dizaines d’autres, est immoral, et c’est un choix que je refuse de faire. Si certains ici sont prêts à sacrifier certains de leurs droits, certaines de leurs libertés, pour avoir un peu plus de sécurité, alors, comme Franklin, je vous le dis, vous ne méritez ni les libertés ni la sécurité.
Ils veulent nous faire peur, nous voir nous recroqueviller, terrorisés, chez nous; nous ne pouvons combattre cela que d’une manière. En nous ouvrant à nos prochains, en les accueillant, en les réconfortant, en vivant nos vies.
Je vous demande donc de vivre vos vies, non pas comme si rien n’était arrivé, car nous ne pouvons et nous ne voulons pas effacer ces évènements tragiques de nos mémoires; mais de vivre, simplement, en sachant que ce simple acte de vivre est un acte de résistance face à la terreur. À la terreur et à la mort, nous devons opposer la gentillesse, la chaleur, la justice et la vie.
Merci.