C’est aujourd’hui le 30 septembre, et le 30 septembre, c’est… c’est… c’est la Journée mondiale de la traduction! Eh oui, les traducteurs[1] aussi ont droit à leur journée mondiale. Un peu comme les serviettes (Douglas Adams, si tu nous lis…), Pi (oui, le chiffre, pas le petit garçon indien), Star Wars (Disney, si tu nous lis…) ou encore le parler pirate, les traducteurs ont droit à une journée où on pense à eux. Alors voilà, quelques infos et quelques conseils sur cette journée merveilleuse.

La Journée mondiale de la traduction a été lancée en 1991 par la Fédération internationale des traducteurs (FIT), qui fêtait déjà ce jour en interne depuis sa création, en 1953. Pourquoi pile le 30 septembre? Facile. C’est la Saint-Jérôme. Et Jérôme, c’est le patron des traducteurs. Pourquoi lui? Ralala. C’est pourtant lui qui a traduit la Bible en latin, et sa traduction reste un élément majeur de la Vulgate, la traduction latine officielle pour l’Église catholique. Donc, un grand traducteur. Même si on peut aujourd’hui se poser des questions sur sa traduction, il avait au moins un élément, qui est resté le même pour les traducteurs contemporains : la passion des mots.

Traducteur mal nourri retravaillant sa copie (Lucas Cranach l’Ancien)

L’année dernière, le Ministère de la Culture et de la Communication [2] avait rédigé un petit (ironie) bilan de la Journée mondiale de la traduction 2014. Le bilan consistait en une minuscule brève qu’on dirait tout droit sortie de l’article Wikipedia portant sur cette date, et… un lien vers la page d’accueil du site de la Société française des traducteurs (SFT). Pas sur la page de ce site où on trouverait l’invitation à ce bilan, ou un bilan en format lisible, non. Sur la page d’accueil. Bref.

Ce qui m’a poussé à faire quelques recherches sur le site de ce ministère, auquel les traducteurs sont généralement rattachés. À part le fait qu’ils n’emploient toujours pas de traducteurs (ce qui avait déjà été déploré en 2008 par la SFT et l’ATLF), au profit d’un logiciel de traduction automatique[3], que trouve-t-on concernant la traduction? On y trouve, principalement, le projet de loi de finances [sic] pour 2015, qui rappelle que la Culture (avec un grand C) reste une priorité pour le Gouvernement (avec un grand G), ce qui est heureux. On découvre un beau camembert (pardon, diagramme circulaire) en couleurs qui montre la répartition de ce budget de 7 milliards d’euros, et c’est intéressant. Surtout parce que le plus gros poste de dépenses est… oui, vous l’avez deviné! Le «compte de concours financier audiovisuel public»! Alors, qu’est-ce que c’est-y-donc que cette bête-là? Après avoir fouillé un peu, on tombe sur une page du site du Sénat qui nous informe qu’il s’agit des «avances à l’audiovisuel public».

Et la traduction dans tout ça? Ben, justement. Où la caser? Entre les traducteurs littéraires, les traducteurs techniques (eh oui, ça se traduit les notices dans les musées), les traducteurs scientifiques (il faut bien traduire les articles de recherche scientifique) et les traducteurs de l’audiovisuel (sous-titreurs et auteurs de doublages), difficile à dire. «Médias, livre et industrie culturelle» ou «culture et recherche culturelle», déjà? «Transmission des savoirs»? «Création»? «Recherche culturelle et culture scientifique»? «Livre et industries culturelles»? «Audiovisuel public»? Toujours est-il qu’il n’est pas vraiment fait mention de traduction. Ah si, là, un document discret! Feuilletons-le. Voyons, voyons… page 23, on trouve deux fois «traduction»… Le ministère «poursuivra son action de veille et d’observation des nouveaux métiers de la traduction». Qu’est-ce que ça veut dire, ça? Visiblement, au-delà de la xyloglossie habituelle, ça veut dire que le ministère compte aider les projets de traduction collaborative. On a échappé de peu à la traduction participative, je crois (oui, les ministres aiment bien tout ce qui est participatif).

C’est pas bien? Ben si, d’un certain côté c’est bien. Mais la traduction collaborative, ça existe déjà, ça s’enseigne dans les bonnes facultés de traduction, et les outils courants d’aide à la traduction [4] proposent déjà ces fonctionnalités. On pourrait plutôt, par exemple, subventionner un peu les éditeurs qui veulent faire traduire des textes en français, faire traduire par des vrais traducteurs les textes des ministères et du gouvernement, proposer des bourses d’État aux traducteurs qui veulent traduire en français des grandes oeuvres, ce genre de choses.

Traducteur se rappelant d’une deadline urgente (allégorie, Pierre-Louis Cretey)

Alors que faire en cette merveilleuse journée de la traduction? Eh bien c’est facile! Prenez soin de votre traducteur et pensez à lui. Brossez-le régulièrement, nourrissez-le au moins une fois par jour, dites-lui des mots doux, n’hésitez pas à lui parler. Un traducteur bien nourri et confortablement installé ne mordra pas.

Et sinon, n’hésitez pas à aller faire un tour sur les blogs de traducteurs, souvent plus drôles et intéressants que celui-ci. On vous conseille par exemple Les piles intermédiaires (également sur Twitter), De mots en livres (aussi sur Twitter) ou encore Ma voisine millionnaire (quoique ce dernier soit un peu inactif ces temps-ci, on y trouve tout un guide sur «comment vivre avec un traducteur»).

 

[1]La féminisation des noms et le pourquoi de ce masculin seront détaillés dans une autre note
[2]Ils tiennent à leurs majuscules, même si elles sont incorrectes au regard des règles habituelles du français. Voir ma note à ce sujet
[3]Les outils d’aide à la traduction et les outils de traduction automatique feront l’objet d’une note également
[4]SDL Studio ou OmegaT, par exemple, prennent en charge parfaitement cet aspect des traductions.