Vaste question que celle des anglicismes. À quel moment peut-on considérer qu’un mot n’est plus un emprunt à l’anglais mais un mot français acceptable? Faut-il tout accepter? Proposer un équivalent français pour chaque mot anglais? Tentons de répondre à toutes ces questions.

Et, tout d’abord, définissons un peu mieux le problème. Qu’est-ce qu’un anglicisme? C’est un «mot, tour syntaxique ou sens de la langue anglaise introduit dans une autre langue», nous apprend le Larousse en ligne. Bref, il peut s’agir d’un mot anglais utilisé en français («smartphone, par exemple), d’une manière de tourner une phrase qui est calquée sur l’anglais («être sur un avion», par exemple[1]) ou d’un sens anglais qu’on colle à un mot français («sécuriser» dans le sens de «rendre sûr», par exemple[2]).

Image tirée de «Astérix chez les Bretons» (Goscinny & Uderzo)

Image tirée de «Astérix chez les Bretons» (Goscinny & Uderzo)

En linguistique, il existe deux grandes écoles : l’une considère que chaque sens peut être rendu dans chaque langue, l’autre considère que les langues façonnent le monde, d’une certaine manière, et que donc tous les sens ne peuvent être rendus dans chaque langue. En ce qui concerne le français, la première approche est généralement préférée. C’est pourquoi nous disposons de plusieurs comités qui passent leur temps à chercher des alternatives «françaises» pour chaque nouveau mot, plutôt que de réaliser des emprunts. En cela, nous sommes relativement originaux, puisque beaucoup de pays dans le monde acceptent les emprunts facilement. C’est le rôle de l’Académie française que créer ou de promouvoir des termes français pour éviter «l’emploi en trop grand nombre de termes étrangers». L’Académie participe aux séances des comités et commissions chargées de moderniser la langue, et notamment à la Commission générale de terminologie et de néologie, la principale (les autres étant toutes chargées d’un domaine en particulier).

On peut donc considérer qu’un terme est français et acceptable lorsqu’il a été validé par la Commission générale de terminologie et de néologie. Cependant, un problème majeur subsiste. Car cette commission, généralement, n’est pas exactement rapide dans ses délibérations. Ce qui signifie qu’il y a parfois (souvent) un délai de plusieurs mois, voire années, entre le moment où le terme fait son apparition en anglais et le moment où un terme français «correct» est proposé. Et, pendant tout ce temps, il faut bien utiliser un mot pour en parler. Parfois, le mot est officialisé par l’Académie ; parfois, elle invente quelque chose de totalement nouveau. Et, parfois, le mot inventé «prend» et est effectivement utilisé ; parfois, non.

Image tirée de l'excellent blog «Rore... Tais-toi!» (http://rorechut.canalblog.com)

Image tirée de l’excellent blog «Rore… Tais-toi!» (http://rorechut.canalblog.com)

Quelques exemples. «Baladeur» est un terme qui a été forgé pour traduire «walkman»; force est de constater que le baladeur est resté, au moins jusqu’à l’avènement des lecteurs numériques (improprement appelés «lecteurs mp3», généralement). En revanche, «mèl»[3] («email»), «fouineur» («hacker»), «fenêtre intruse» («pop-up») ou «planche terrestre» («skateboard») n’ont pas connu de succès foudroyant. Pour être honnête, notons tout de même que l’administration française emploie généralement «mèl», même si elle seule à le faire, et que «planche à roues» ou «planche à roulettes» sont des synonymes acceptés pour «planche terrestre».

Pour finir sur une note positive, notons aussi qu’il existe d’excellents sites (pour une fois) qui permettent de consulter les termes français acceptables, si l’on met de côté leurs noms généralement rébarbatifs. Du Trésor informatisé de la langue française au site FranceTerme en passant par la rubrique Dire-ne-pas-dire de l’Académie et l’Office québecois de la langue française, on trouve beaucoup de très bonnes ressources, à consulter obligatoirement pour tous ceux qui travaillent sur le français!

[1]«Être dans un avion» en français correct.
[2]«Sécuriser» signifie «procurer un sentiment de sécurité», et pas «rendre un objet ou un lieu plus sûr». Pensez donc à assurer la sécurité d’un endroit avant d’en sécuriser les usagers.
[3]«Courriel» est un très joli mot, forgé par les Québecois pour traduire «email». Quoique théoriquement incorrect en français, il est à la fois joli et possède une étymologie française. En l’absence d’instructions précises, AltTrad propose «courrier électronique» dans le texte et note qu’on pourrait employer «courriel» ou «mèl»; le choix reste, en dernier ressort, de la compétence du client.